Balisage de la Rivière de Tréguier

Introduction
Les abords rocheux, à l’embouchure de la rivière de Tréguier, ont de tout temps rendu son accès des plus compliqué et ce n’est pas les bancs sableux du Taureau et de la pointe du Ven qui facilite son parcours. Les 17 kilomètres du chenal principal qui séparent la basse Crublent du port de Tréguier, nécessitent l’établissement de 35 marques diverses de balisage : 16 bouées, 4 tourelles, 15 espars ou perches soit une marque en moyenne tout les 500 mètres.
Les bouées tribord vertes et bâbord rouges du chenal sont en fer de dimensions variées sauf 4 en plastique, celle du Taureau et à l’approche des pontons du port de plaisance. Elles sont maintenant toutes dotées d’un système lumineux à leds alimenté par panneaux solaires. Si certaines des perches subsistent encore en bois surmonté d’un appareil métallique, cône vert ou cylindre rouge, la plupart sont maintenant remplacées par des matériaux composites, fibre de verre pour les mâts et polypropylène pour les marques. Les tourelles sont en moellons de granit appareillés pleine hauteur ou juste assisés en pierre et surmontées d’un cylindre de béton ; l’appareil est en charpenté de fer coiffé de la marque du même métal.
Pour embouquer et se faufiler dans ce chenal, les alignements sont donné dans un premier temps par les feux de port la Chaîne et Saint Antoine mis en route le 25 décembre 1863 ;

Phare de la Corne

puis le phare à secteur de la Corne établi en 1876 complète de nuit l’alignement très ancien de la tête de la roche Skéviec surmontée d’une tourelle blanche, par le clocher de l’ancienne église Saint Michel (construite en 1744).

alignement Skéviec-Saint Michel

Le chenal secondaire de la Gaine permet à marée suffisante, aux bateaux de petit tonnage d’approcher par l’est le phare de la Corne. Passant au sud du plateau rocheux des Héaux de Bréhat, il passe au milieu du pont de la Gaine entre les 2 hauts fonds du Colombier au sud des Duonos. L’alignement est donné de l’amer de Men Noblance (tourelle blanche à l’est de l’ile d’Er) par le pignon d’une maison à Kerglazic en Plougrescant (actuellement seul existe le pignon, rehaussé tardivement).

Amer de Men Noblance

Un autre chenal secondaire, balisé par 4 perches, permet au départ de la tourelle cardinale nord des trois Pierres d’atteindre le petit havre de Port Béni.
Historique
Carte et « observations de la Rivière de Tréguier » par sa Seigneurie Amiral Laisné, 1699 ( BNF/Gallica)
Le texte en encarté de la carte nous explique comment embouquer la Rivière avec les connaissances du XVII éme siècle : «  il ne faut pas entrer dans la Rivière de Tréguier qu’il n’y aye demie marée montante à cause de la barre où il ne reste point d’eau de basse mer … après la point Nord et de l’Isle Der à joindre les rochers, il faut gouverner au SSE sur un arbre joignant une maison (sic) jusqu’à que l’on ai découvert les tours de Tréguier par une basse pointe et un gros rocher que nous laisserons au Sud Ouest, ¼ de sud, jusqu’à ranger un rocher fort haut à tribord… les fonds sont fort bons … »
Ces observations succinctes prouvent la nécessité d’y établir un balisage. Il démarrera en 1803 par l’adjudication par la mairie de Tréguier, d’un marché à Pierre le Goïc, négociant à Bréhat, pour l’établissement du balisage sur cinq rochers : la pierre à Corbeau, le Pen ar Guezec, le petit Taureau, la pierre à Chenal et le Goaziguelou. « On fournira à l’entrepreneur le plomb, le soufre, les balises et ferrailles prêtes à être mises en place. L’entrepreneur est chargé de prendre sur le quai de Tréguier les balises ; il devra faire et fournir les appareillages nécessaires à la mise en place ainsi que la main d’œuvre ».
Nous sommes en période de blocus des côtes par les anglais. Bien que le Goïc demande au préfet 6 militaires pour protéger ses ouvriers, il est lui-même capturé par une péniche anglaise le 19 juillet 1803 dans son passage par mer entre Bréhat et Tréguier. Libéré moyennent rançon, quelques mois plus tard, sa santé amoindrie par la captivité, il décède rapidement quasiment ruiné par son rachat aux anglais et sans avoir terminé les travaux.
Sa veuve obtiendra cinq ans plus tard… dédommagement bien que 3 balises soient emportées par les tempêtes.
Au cours du XIX éme siècle, des travaux complèteront le balisage de la rivière : mise en route des feux de Port la Chaîne et Saint Antoine ; en 1865, amélioration du petit Taureau et du Corbeau et en 1869 de Pen ar Guezec, par des tourelles

Tourelle de Pen ar Guezec

1876 allumage du phare de la Corne ; 1879 érection de la tourelle cardinale des trois Pierres. Puis continuité du balisage dans la Rivière où les perches initiales sont ensuite remplacées par des bouées plus près du chenal. Depuis la création du port de plaisance en 1981, le balisage a été prolongé jusqu’au premier ponton, l’espar bâbord de la pointe de Porsmeur , établi en 2009 sera le dernier.

Références documentaires
Documents figurés
• BNF/ Gallica cartes anciennes
• AD 22. A S 90 marchés balises le Goïc, 4 S 91, S supplément art 606 : phare de la Corne

la Corne plan 1872 AD 22 S supplément art 606

, S supplément art 607 : feux de port la Chaîne et Saint Antoine, S supplément art 639 : carte Beautemps-Beaupré, annoté avec balisage numéroté des passes de la Rivière de Tréguier (circa 1956)

Bibliographie
• THOMASSIN, Anastase. Pilote côtier, Côtes Nord de la France, troisième partie : Des Héaux de Bréhat au cap de la Hague. Paris : Challamel aîné, 1875. p. 357