Centre d’Aviation Maritime de Tréguier (C.A.M.)

L’Aviation maritime

CAM Tréguier
Sur cette carte-postale le quatrième hangar Bessonneau est en construction.

Le 20 mars 1912, paraît le décret qui crée le Service de l’Aviation Maritime. Cet embryon est placé directement sous la tutelle du ministre de la Marine. Il comprend le centre de Fréjus-Saint-Raphaël et le croiseur Foudre, mais surtout il bénéficie d’une ligne budgétaire qui lui est propre. Le 10 juillet 1914, un mois avant l’ouverture du premier conflit mondial, un nouveau décret confirme l’existence de l’Aviation maritime organisée en deux branches : l’aérostation et l’aviation.
Le 03 août 1914, le jour de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, l’Aviation maritime disposait de huit hydravions. Malgré leur faible capacité d’emport, ces aéroplanes n’ont bénéficié d’aucun programme de tests, qui aurait permis d’augmenter le volume de leur charge offensive. Les médiocres résultats de l’Aviation maritime dans les débuts de la Grande Guerre font que la Marine n’hésite pas à détacher un tiers de son personnel dans l’Aéronautique militaire, où il fut particulièrement apprécié. Le contrecoup de l’extension du conflit au Proche-Orient, avec l’impérieuse nécessité de protéger le canal de Suez contre l’armée ottomane amène l’aviation maritime à envoyer à Port Saïd les appareils stationnés à Bizerte. Le binôme constitué du marin français pilote et de l’observateur britannique s’avère efficace.
L’occupation de la presque totalité du littoral belge de la mer du Nord permet à la Marine impériale allemande de créer, dans les ports de Bruges, Zeebrugge et Ostende des bases pour ses sous marins idéalement situées pour l’accès à la mer du Nord, mais aussi et surtout à la Manche. Cela nécessite pour la Marine française, au mois de décembre 1914, la création d’un Centre d’hydravions à Boulogne, qui est progressivement transféré à Dunkerque dans les premiers mois de 1915, et qui devient le Centre d’Aviation Maritime (C.A.M.) majeur de la Première Guerre mondiale. Après des débuts chaotiques, la suite logique pour la Marine, confrontée à la menace sous-marine, est de développer son aviation d’une façon conséquente. Sous l’influence des événements de la guerre, l’aéronautique navale voit son développement se quintupler. Elle s’immisce, avec l’aéronautique militaire, dans le partage de la production des usines d’aviation.

Les Patrouilles Aériennes de Bretagne

En septembre 1916, le ministre de la Marine décide la création d’un système de défenses côtières dont les Centres d’Aviation Maritime deviennent les éléments prépondérants dans la lutte contre les sous-marins. Lors du Comité secret du 20 novembre 1916, il est décidé de créer une chaine continue de centres d’aviation sur toutes les côtes de France, d’Algérie et jusqu’à Corfou en Grèce. Sur les côtes de France, de la Manche et de l’Atlantique, les choix des lieux d’implantation des C.A.M. sont arrêtés pour qu’ils soient éloignés au maximum de 60 nautiques et de 120 nautiques sur les côtes Méditerranéennes de la France et d’Afrique du Nord.
Les Patrouilles Aériennes de Bretagne, sont créées par la circulaire ministérielle du 04 juin 1917. Elles s’étendent de l’île de Bréhat à la Pointe Saint-Gildas (commune de Préfail en Loire-Atlantique). Devant l’ampleur de la tâche, on décide d’implanter un centre aéronautique à Lorient pour la côte sud et un autre à Camaret pour la côte nord. Cette zone est scindée en deux pour la région de la Bretagne.

La Région de la Loire
Le Commandant des Patrouilles de la Loire (C.P.A.L.) est placé sous les ordres du chef de Division des Patrouilles de la Loire. Son autorité s’exerce sur toutes les organisations aériennes de la Pointe de Penmarc’h au Goulet de Fromentine, qui s’épare l’île de Noirmoutier du continent.

La Région de Bretagne
Le Commandant des Patrouilles Aériennes de Bretagnes (C.P.A.B.) est placé sous les ordres du chef de Division des Patrouilles de Bretagne. Il a sous ses ordres toutes les formations aériennes de l’île de Bréhat à la Pointe de Penmarc’h.
Le rôle des commandants des patrouilles aériennes est avant tout d’ordre militaire, et non d’ordre administratif. Ces commandants coordonnent les efforts des centres d’aviations et d’aérostation, en liaison étroite avec les patrouilles de surface. Pour cela un plan d’ensemble est établi d’avance tout en restant assez souple pour être rapidement modifié en fonction des circonstances. L’objectif est de
maintenir, en fonction des conditions météo, une capacité d’intervention immédiate par une permanence aérienne de tous les instants, pour annihiler l’action des sous-marins ennemis et protéger les convois de navires.
Au début du siècle dernier, le réseau routier breton est embryonnaire. Cela occasionne des difficultés de transport qui rendent nécessaire l’organisation des C.A.M. en formations autonomes, avec un échelon mécanique qui leur permette d’effectuer des opérations de maintenance complexes tant d’entretien courant que de réparations.
Les zones de surveillance sont trop vastes, de l’île de Bréhat à la pointe de Penmarc’h, pour les aéronefs de Camaret. La décision est prise, au début de 1917, d’installer des Postes de Combat (P.C.) aux extrémités des secteurs. Ceux-ci permettent aux aéronefs en patrouille de s’avitailler et leur assurent une assistance technique en cas de panne. Ainsi, ces postes de combat augmentent notablement le rayon d’action des hydravions. L’habitude fut prise d’y prépositionner deux ou quatre appareils, si le nombre d’aéronefs disponibles du centre principal le permet.

Le Centre d’Aviation Maritime (C.A.M.) de Tréguier

Dans le Programme d’Aviation du 09 février 1917, le ministre de la Marine, dans le cadre du développement du Centre d’aviation maritime de Brest-Camaret, décide la création d’un poste de combat dans la région de Tréguier. Ce détachement du C.A.M. de Camaret s’installe provisoirement à Plouguiel, à la Pointe de la Roche Noire, au confluent du Guindy et du fleuve côtier Jaudy, sur des terrains loués à Monsieur Le Marec.

vue avion

Le 17 juin 1917, avant même que les travaux d’aménagement ne soient entrepris, le ministre de la Marine décide la création, à Tréguier, d’un C.A.M provisoire équipé de 12 appareils dont 9 armés. Le ministre donne l’ordre de faire procéder immédiatement à une étude technique détaillée pour évaluer la possibilité d’établir le C.A.M. définitif à l’un des deux emplacements suivants, qui ont été visités par le Commandant des Patrouilles aériennes de Brest :

  1. Penn Palud au nord de la Roche Jaune, sur la rive gauche de l’embouchure du fleuve Jaudy (commune de Plouguiel). La desserte routière de cet emplacement est médiocre, les chemins vicinaux sont des fondrières par temps de pluie. Le plan incliné destiné à la mise à l’eau ou hors d’eau des hydravions doit être long de 200 mètres pour aboutir au chenal. Il faut rehausser l’emprise cadastrale de ce camp d’aviation pour lui éviter d’être inondé lors des grandes marées.
  2. la pointe sud-ouest de l’île de Bréhat, dans la cuvette qui sépare le fort de la mer. Cette dépression mesure 90 mètres sur 70 mètres. Il s’agit de louer 71 ares, 41 ares appartenant déjà à l’Etat. Le fort devra être utilisé pour le logement du personnel, l’installation d’ateliers et d’entrepôts.

Pour se conformer à la décision ministérielle du 17 juin 1917, une reconnaissance est faite à Bréhat par le commandant du C.A.M. de Tréguier. Dans son rapport, il estime que l’emplacement de l’île de Bréhat ne présente pas d’avantages sur celui de Tréguier. Le plan d’eau, entre les tourelles Men Joliguet et Les Piliers est soumis à un fort clapotis lorsque les vents sont de secteur est. Le slipway devrait avoir une longueur de 150 mètres. Les communications avec la terre se font par voie maritime entre la pointe de l’Arcouest et le Port-Clos. Le commandant propose donc de conserver Tréguier comme C.A.M. définitif, de prendre le Port-Blanc comme poste de relâche et de choisir si possible un poste de combat à l’embouchure de la rivière de Morlaix. La décision ministérielle du 14 septembre 1917 maintient un C.A.M. à Tréguier, avec un poste de relâche à Bréhat et un autre au Port-Blanc. Ce dernier sera fermé en mars 1918, du fait de sa proximité avec le centre de Tréguier.
Le C.A.M. de Tréguier devant être opérationnel le 15 août 1917, les travaux débutent en juillet 1917. Le rôle (tableau des effectifs) est ouvert le 01 août 1917. Le centre est prêt à fonctionner, le 13 août 1917. Au début de 1918, la dotation est de 16 hydravions dont 12 armés.
La zone de patrouille du C.A.M. de Tréguier s’étend des Casquets à l’est à l’Aber Wrac’h à l’ouest. Elle sera élargie quelques temps après aux atterrages de Saint-Malo et des îles Chausey. Le C.A.M. de Tréguier est chargé de l’escorte des convois de Brest à Cherbourg, sortant et rentrant, et des
convois côtiers de voiliers caboteurs entre l’Aber Wrac’h et Saint-Malo. Il assure aussi la couverture aérienne des convois traversiers entre les côtes anglaises et françaises.

Les engagements des hydravions des C.A.M. de Tréguier et La Penzé contre des sous-marins ennemis
Le 14 décembre 1917 : attaque des FBA 530 & 556
Vu à 5 nautiques au nord-ouest de l’île d’Er, 1 sous-marin en surface à proximité d’un bateau de pêche abandonné, dont l’équipage gagnait la terre dans un canot.
Le sous-marin plonge, route ouest, sud-ouest.
Quelques minutes après, l’observateur de l’hydravion aperçoit le submersible en plongée.
Une attaque est menée. Les deux hydravions de la patrouille larguent chacun 1 x bombe.
Le 10 mai 1918 : attaque des Tellier Tr.10-n° 64 & Tr.9-n°133.
A 12 nautiques au nord de l’île de Batz.
Renforts des F.B.A./TR.8 & Tr.5 - F.B.A./TR.13 & 7 et F.B.A./Tr.1 & Tr.4
2 x bombes ont été lancées.
Le 21 mai 1918 : attaque des F.B.A./Tr.5 & Tr.2
A 8 nautiques au nord-ouest de l’île de Ouessant.
Le TR.5 (FBA 593) largue 1 x bombe.

La dotation en hydravions des C.A.M. de Tréguier et La Penzé
D’après les états mensuels de situation des appareils. Direction Générale de la Guerre Sous Marine.
Service de l’Aéronautique et des Patrouilles Aériennes. Section Technique.

Hydravion Lévy-Besson 200 HP
DatesEffectif Dotation réglementaireFBA 150 HSTellier 200 HSTellier-canonLévy-Besson 200 cvLévy-Le Pen 280 cv
01nov1917 10/16 6 4 0 0 0
01fev1918 18/16 8 4 1 5 0
01mar1918 21/16 10 4 1 6 0
01avr1918 28/16 10 8 1 9 0
01mai1918 34/16 11 9 2 12 0
01jun1918 34/16 11 7 2 14 0
01jul1918 31/16 9 6 2 14 0
01aou1918 33/16 9 6 2 16 0
01sep1918 31/16 8 6 2 15 0
01oct1918 28/22 7 5 1 15 0
01nov1918 27/16 6 5 0 9 7

U.S. Naval Station de Tréguier

le parking aviation sur lequel stationnent 4 hydravions Curtiss HS-2L. (photo US Navy)

L’accord du 31 décembre 1917 avec l’aviation des Etats Unis d’Amérique change complètement la situation du C.A.M. de Tréguier. En vertu de cet accord, le Centre doit être cédé à la marine de guerre des Etats Unis (l’United State Navy ou US Navy). Il est décidé de laisser pendant quelques temps, à Tréguier, un Poste de Combat armé de 6 aéronefs. Le Poste de Relâche de Bréhat, qu’on envisageait de supprimer, a repris de l’importance, les hydravions de La Penzé l’utilisant fréquemment. Pendant la période transitoire de l’installation des Américains, le P.C. de Tréguier, avec un parc aérien de 6 appareils dont 4 armés, dépend administrativement du nouveau C.A.M. de La Penzé, qui est déclaré opérationnel le 05 août 1918. Celui-ci est implanté sur la rive gauche de la rivière du même nom, à 8 kilomètres au sud de Saint-Pol-de-Léon. Le poste de combat de Tréguier est supprimé le 09 novembre 1918. Au préalable, le personnel français avait rejoint La Penzé au fur et à mesure de l’armement des hydravions américains. Pendant la durée du transfert, les reconnaissances aériennes et les escortes de convois n’ont pas cessé.
Le 16 août 1918, l’US Navy prend officiellement en charge l’US Naval Air Station de Tréguier. Le commandement des forces d’aviation maritime des Etats-Unis d’Amérique, dans une étude préalable, envisageait d’armer à 24 hydravions la Station de Tréguier. Cela nécessitait la construction d’un hangar supplémentaire à Penn Palud. Ce projet est abandonné à cause des caractéristiques de ce site, déjà énoncées dans le choix de l’emplacement du C.A.M. de Tréguier. L’US Naval Air Station de Tréguier est désarmé dans les jours qui suivent l’Armistice du 11 Novembre 1918.
Durant l’entre-deux-guerres, le plan d’eau du Jaudy est utilisé comme escale lors des vols d’entraînement des hydravions de la Marine Nationale.
Aujourd’hui, ne subsistent que les fondations en béton de la rampe de mise à l’eau. Une stèle rappelle et explique aux randonneurs qu’à cet endroit il fut installé le Centre d’Aviation Maritime de Tréguier. Il a été un maillon indispensable dans la chaine des mesures prises pour annihiler la menace mortelle pour l’Entente que fut la guerre d’extermination du trafic commercial maritime mené par le IIe Reich durant la Grande Guerre 1914-1919.
Dans le cimetière communal de Tréguier il y a trois tombes de militaires ayant appartenu au C.A.M. :

  • BOUBEKEUR Ben Hadj Noury-travailleur algérien, Mort pour la France, le 18 mai 1918.
  • GUENVER Yves-Marie-matelot-chauffeur d’aviation, Mort pour La France, le 17 mai 1918.
  • DIMITRIC Georges, Saclas-matelot Grec, Mort pour la France, 01 avril 1918.

Le 14 février 1918, 32 matelots sans spécialité de la Marine Hellénique sont détachés en renfort au CAM de Tréguier, dans le but de les former.

L’état des lieux le 28 octobre 1918, du centre Américain d’aviation maritime de Tréguier

  • 1 x terrain loué par l’Etat de 230 ares bétonné et cimenté sur l’aire de stationnement des
    hydravions et les pistes de roulement, avec 117 mᶟ de béton.
  • 1 x slipway (rampe de mise à l’eau) dont la construction nécessite 31 mᶟ de bois de sapin.
  • 1 x charriot de mise à l’eau à 4 roues, sur rails en acier, dont la fourniture a été faite directement
    par le Port de Brest.
  • 4 x hangars Bessonneaux de 20 m x 28 m.
    Structure constituée d’une charpente en sapin recouverte d’une toile de chanvre enduite, spécialité de la Société Angevine Bessonneau, fondée le 17 décembre 1901. Un hangar de ce type pouvait-être monté ou démonté en 2 jours par une équipe de 30 hommes.
  • 9 x baraques « Rousseau », sur fondations en pierres sèches et trumeaux maçonné d’un volume de 57 mᶟ :
  • 1 de 7 m x 20,50 m pour les officiers.
  • 1 de 7 m x 24,50 m pour les sous-officiers.
  • 2 de 7 m x 32,50 m pour les équipages.
  • 1 de 7 m x 8,30 m pour la cuisine et la cambuse.
  • 1 de 7 m x 12,25 m pour les pilotes.
  • 1 de 6,20 m x 36,50 m pour l’atelier.
  • 1 de 7 m x 15,50 m pour le magasin.
  • 1 de 7 m x 16,50 m pour le garage.
  • 1 atelier pour soudure autogène construit en agglomérés de béton de ciment, dont le
    volume est d’environ 8,2 mᶟ (toiture en planches et carton goudronné).
  • 1 magasin à bombes construit en maçonnerie au mortier de ciment dont le volume est d’environ
    19 mᶟ (toiture en bois et carton goudronné).
  • 1 canalisation d’eau pour le service incendie dont la fourniture a été faite directement par le Port de Brest.
  • 1 distribution d’électricité pour la lumière comprenant un groupe électrogène générateur et dont la fourniture a été faite directement par l’Arsenal de Brest.
  • 2 colombiers, montés sur trumeaux en maçonnerie

Plus d’informations : https://aeronavale.org

Tr : code du CAM de Tréguier.
ARDHAN : Association pour la Recherche de Documentation sur l’histoire de l’Aéronautique
Navale.
SHD-Vincennes : Service Historique de la Défense - Vincennes.