Exposition« Voiliers Caboteurs du Trégor

Le Trégor peut s’enorgueillir d’avoir eu la plus belle flotte de cabotage européenne à naviguer à la voile seule, et la dernière, pour avoir duré jusqu’en juin 1940. Elle était composée principalement de dundees, goélettes et trois-mâts construits dans les chantiers navals de Paimpol avant 1914, et armés par des équipages du Trégor. Cette exposition ressuscite la mémoire de cette épopée maritime commerciale et en particulier, celle des relations étroites entre la Bretagne-Nord et le Pays de Galles, notamment pour les rotations habituelles (poteaux de mine à l’aller, charbon au retour), et pour les voyages saisonniers depuis Roscoff pour les oignons, et Tréguier pour les pommes de terre nouvelles. Ce commerce actif et régulier a fait la richesse économique du pays trégorrois. A cet effet, les clichés de deux photographes ont été sélectionnés, en raison de la qualité de leur production et de leur approche particulière à la photographie. D’abord, ceux du Gallois de Cardiff, Jack Neale, qui s’est intéressé aux voiliers trégorrois qui étaient amarrés près des entrepôts de ses parents à West Bute Dock. Il était en admiration devant ces goélettes, notamment l’Océanide(Capitaine Joseph Nicolas) et l’Hermann(CapitaineJean Kervizic), qui se ressemblaient et qui étaient les plus rapides. Il s’est d’ailleurs lié d’amitié avec ces capitaines.Ensuite, ceux du Pleubiannais, Ernest Le Foricher, jeune capitaine-armateur de la goélette la Roscovite, auteur d’un magnifique reportage à terre et en mer, notamment sur les « Johnnies », à l’aide de son appareil à plaque de verre, une dizaine d’années avant J.K. Neale.

JACK K NEALE (1911-2011)

Dès son plus jeune âge Jack Nealefut passionné de mer et de bateaux. A 17 ans il commença à travailler pour l’entreprise de chalutiers à vapeur Neale and Westcréée par son grand-père et dont les bureaux étaient situés sur le West Bute Dockde Cardiff. Ce dock qui était aussi utilisé parles voiliers caboteurs bretons qui importaient des poteaux de mine, oignons ou pommes de terre pour repartir avec du charbon.Comme beaucoup de jeunes de l’époque il était fasciné par les bateaux qui entraient dans le port de Cardiff et tout particulièrement par les voiliers bretons, formant une flotte souvent colorée de dundées et goélettes, aux performances remarquables. Ayant reçu un appareil photo comme cadeau d’anniversaire il commença à photographier ces bateaux, et continua toute sa vie à consigner en images les navires qu’il rencontrait ou sur lesquels il servait, dont environ 2000, prises pendant la 2ème guerre mondiale et offertes au Imperial War Museum de Londres.Tout au long des années 1930 et quelque peu obsédé par les voiliers caboteurs bretons, Jack prenait son canoë et pagayait allègrement d’un caboteur breton à l’autre, montant à bord, faisant la connaissance de l’équipage, interrogeant le capitaine sur son temps de traversée et sur le fret qu’il transportait et prenant des photos, sans se rendre compte à l’époque qu’il consignait en images un pan de l’histoire maritime de la Bretagne quiétait sur le point de disparaître. L’un des ses bateaux favoris était Océanide, sous les ordres du Capitaine Joseph Nicolas reconnu pour ses qualités humaines autant que pour ses prouesses de navigation. En 1939 Jack Neale s’enrôladans le Royal Navy Voluntary Reserve (RNVR)et fut nommé sous-officier sur un chasseur de mines sur lequel il servit pendant 3 ans avant d’être promu et de participer aux convois vers l’Islande, puis vers la Russie, avant d’être transféré aux défenses côtières de la Grande-Bretagne puis d’être affecté à Alexandrie avant la fin de la deuxième guerre mondiale. A son retour à Cardiff en 1945, il s’aperçut que les voiliers caboteurs bretons avaient disparus du port. Il chercha quelqu’un qui puisse utiliser ses photos et écrire l’histoire de ces derniers voiliers caboteurs bretons, mais ne trouvant personne, il vint en Bretagne à trois reprises au début des années 1970 pour interviewer les familles de ces capitaines qu’il avait connus à Cardiff afin d’écrire l’histoire de ces bateaux

Ernest LE FORICHER

Ernest LE FORICHER est l’archétype de ces jeunes Pleubiannais qui ont marqué leur entourage, malgré sa courte existence ici-bas : né le 13 mai 1899, il est décédé à Pleubian le 14 février 1936.Il embarque, en 1913, sur le « Perce Lames » en qualité de mousse. De 1917 à 1919, il est matelot sur la « Flâneuse ». Il est incorporé, le 19 mai 1919, quasiment le jour anniversaire de ses vingt ans, comme la règle en vigueur après la Grande Guerre l’exige. Il est affecté au Centre d’Aérostation maritime de Rochefort-Soubise. Il sera libéré, le 18 juin 1922, des obligations militaires, avec le grade de quartier-maître, spécialité « arrimeur ». Dix-huit mois plus tard il est breveté Capitaine de la Marine Marchande. En 1924, il embarque comme second sur le dundee « Iris ». La même année il est nommé Capitaine de la « Flâneuse ». Il commande ultérieurement la « Petite Jeanne » et le dundee « Magenta ». En 1926, il acquiert en copropriété avec François MEUDAL la goélette « Roscovite », dont il sera le Capitaine. Sa curiosité lui fait acquérir un appareil photographique. Dans ses reportages photographiques, tant à bord de sa goélette que lors des escales ou en famille, il va exprimer un véritable talent de photographe, en immortalisant l’existence quotidienne de l’équipage de la « Roscovite », un des derniers voiliers caboteurs.