Le port de Bridgwater Goélette Irene

Bridgwater se situe dans le comté du Somerset sur la rivière Parrett qui se jette dans la Manche de Bristol et donne ainsi accès aux ports du monde entier. C’est ainsi que les tuiles Colthurst, Symons & Co seront exportées vers la Bretagne jusque dans les années 1930. Les premières infrastructures du port consistent en quelques quais, mais l’accès reste difficile en raison du marnage qui peut atteindre jusqu’à 12 m, de l’envasement constant et du mascaret qui se forme à marée montante.

Mascaret sur la rivière Parrett (the Bore on River Parrett, Bridgwater (collection Roger Evans).
A l’horizon, les fours de la tuilerie Barham Brothers

L’année 1820 voit la construction du Bridgwater and Taunton Canal et vingt ans plus tard, d’un bassin à flot, toujours existant. Un bureau des douanes, une cale sèche, des rampes de lancement, des entrepôts sous douane et autres complètent les installations du port. À partir de 1841 la compagnie de chemin de fer gérant la ligne allant de Bristol à Exeter construit un embranchement desservant la ville de Bridgwater. Ceci nécessite la construction d’un pont qui prend rapidement le nom de "pont noir". Le problème posé par les voiliers-caboteurs à haute mâture est résolu par le célèbre ingénieur anglais Isambard Kingdom Brunel qui conçoit un pont télescopique fonctionnant grâce à un moteur à vapeur qui est utilisé pour déplacer la section Est du tablier vers le Nord, ce qui permet le recul sur des roulements de la traverse centrale le long de la troisième section qui elle est fixe, ce qui crée ainsi une ouverture pour le passage des navires. Ce pont noir ne permet au 19e siècle que le passage des charrettes. Il est modifié plusieurs fois par la suite et converti en passerelle pour piétons en 1982.

Le pont noir en 2019. Coll. A. Bohée

L’expansion du commerce maritime, des importations et des exportations issus de la révolution industrielle qui bat son plein en Angleterre incite à la création de plusieurs chantiers navals sur les rives du fleuve où on relève la construction de 88 navires entre 1850 et 1900. On y trouve aussi tous les métiers connexes, tels que cordiers, fabricants de voiles, avitailleurs de navires et l’on note la présence de multiples auberges où se réunissent les marins. Le port de Bridgwater connaît alors une expansion forte et régulière jusqu’à son apogée en 1885 où environ 3 500 navires le fréquentent.

Pendant les premières années, la construction des docks augmente la rentabilité du Canal Bridgwater-Taunton qui transporte 80 000 tonnes de marchandises en 1840.

Modèle réduit des docks de Bridgwater, il est visible dans la salle des transports du Bridgwater Blake Museum)

Il n’en reste pas moins que la compagnie fait faillite quinze ans plus tard. Il s’avère en effet que l’avènement du réseau ferré fait concurrence au cabotage plutôt que de diversifier les possibilités d’acheminement des marchandises. D’autre part, les chantiers navals souffrent de l’apparition de navires en métal. La demande de goélettes, dundees, sloups et autres pinasses s’effondre, ce qui met fin à la construction navale à Bridgwater.

Les marchandises arrivant au port de Bridgwater comportent avant tout le charbon dont les différentes manufactures de briques et tuiles ont besoin pour faire fonctionner les fours. Les autres frets incluent principalement le sable, le bois de construction et la farine. Les exportations consistent principalement de différents types de charbons anglais (Sully & Co est la principale compagnie maritime qui achemine ce charbon vers le reste du Royaume-Uni et aussi en France), de produits céréaliers et bien sûr de briques et tuiles. Les exportations de ces dernières, toujours manufacturées à la main alors que la concurrence étrangère a mécanisé la production, chutent après la Première Guerre Mondiale. Pour ce qui est des autres frets, la construction du chemin de fer offrant un transport rapide et proche du lieu d’utilisation des marchandises finit par sonner le glas du transport maritime à partir du port de Bridgwater. C’est en 1934 que le dernier navire de commerce passe le pont noir pour accoster aux quais.

Bassin de Bridgwater (carte postale de la collection d’André Le Person)

L’Irene, dernier survivant des voiliers-caboteurs de Colthurst Symons & Co

Le plus grand chantier naval de Bridgwater est le chantier F.J. Carver & Sons qui intégre une cale sèche. C’est là que fut construit le ketch Irene, destinée au cabotage, une commande de la compagnie Colthurst & Symons, seule manufacture locale de tuiles et briques à posséder sa propre flottille de voiliers-caboteurs.

ale sèche du chantier F.J. Carver & Son à Bridgwater (extrait du livre "Good Night Irene", 2016)
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L’Irene est lancée en grande pompe en 1907, affectée à la livraison de tuiles de la compagnie, elle a éventuellement traversé la Manche pour livrer en Bretagne. Ce n’était pas le premier bateau anglais à traverser la Manche pour livrer en Bretagne. Déjà deux navires anglais ont livré à Paimpol une cargaison de tuiles de Bridgwater : début novembre 1884, pour Normandy, capitaine Berham et début juillet 1887, pour Pickwick, capitaine Bell qui repart sur lest pour Swansea une semaine plus tard.

Lancement d’Irene le 29 mai 1907 à Bridgwater (collection Roger Evans)

Si l’Irene livre ses briques et tuiles sur les côtes anglaises et irlandaises, au retour, elle alimente en charbon et argile la tuilerie, ne négligeant pas d’autres frets : farine, blés, viande, pierre... Sa conception permet la remontée des rivières et l’échouage pour le déchargement.

L’Irene en croisière, toutes voiles dehors (Gibby Huw, National Historic Ships UK)

Motorisée, elle traverse les deux guerres en naviguant au commerce puis est abandonnée en 1960 dans Hamble River non loin de Southampton pendant des années. Elle est rachetée et restaurée en 1965. Habitée pendant sa longue réhabilitation par son propriétaire, elle part en 1998 faire du charter aux Antilles où un incendie la ravage en 2003.

L’Irene au port de Tréguier le 30 juillet 2019 Photo Michel Le Hénaff

A l’état d’épave, elle traverse l’Atlantique pour être quasiment reconstruite par l’équipage dans Lynher River en amont de Plymouth. Depuis 2010 elle navigue à nouveau comme voilier de croisière.

L’Irene au port de Tréguier le 30 juillet 2019 : pont avant, photo Michel Le Hénaff
L’Irene au port de Tréguier le 30 juillet 2019 : salle des cartes, photo Michel Le Hénaff

Irene, National Historic Ships UK. The official voice for historic vessels.https://www.nationalhistoricships.o...

Bridgwater : Economic history, p. 212-223.https://www.british-history.ac.uk/v...

The Docks sur bridgwater-tc.gov.uk.https://bridgwater-tc.gov.uk/histor...

Shipbuilding sur bridgwater-tc.gov.uk.https://bridgwater-tc.gov.uk/histor...

Article "River Parrett" sur Wikipedia. The Free Encyclopedia.https://en.wikipedia.org/wiki/River...