Chantier Naval Robert Léglise Mise à l’eau de La Sociale
Pour sortir de notre quotidien et explorer d’autres horizons, je propose de partager une tranche de vie d’un chantier associatif de mes amis d’Oléron, Michel Le Hénaff.
Présentation du chantier
Le Chantier Naval Robert Léglise se trouve sur la commune de Château d’Oléron, plus précisément sur le port.
Le Chantier est né en 1895 et a été une exploitation familiale durant plus d’un siècle avant d’être cédée à la municipalité de Château d’Oléron par Robert Léglise en 1995.
L’association « Chantier Naval Robert Léglise – Patrimoine Maritime Oléronais » créée par une équipe de passionnés pour animer le chantier, ouvre trois ans plus tard au public. Elle participe à la préservation du patrimoine maritime oléronais.
Aujourd’hui le Chantier Naval Robert Léglise est devenu un site touristique incontournable de l’île d’Oléron et est labellisé « Oléron, Nature et Culture ».
Il est agréable de se promener dans le port de Château d’Oléron et d’y découvrir le chantier naval qui est à l’origine de la construction d’une grande partie des anciennes embarcations du port.
Ici ont en effet été construits la plupart des bateaux traditionnels de pêche, ainsi que les lasses, pinasses et cotres servant à l’ostréiculture.
Déroulement des visites :
Venez contempler au cours d’une visite gratuite du chantier naval de belles réalisations de bateaux de plaisance et de pêche, ainsi que des chaloupes à la structure de bois remarquable.
Ici des bateaux sont restaurés sous vos yeux par les membres de l’association. Ensuite l’exposition du chantier naval présente des outils anciens liés à l’activité navale, ainsi que de belles photographies de bateaux et de l’île.
Le chantier naval participe chaque année aux grandes manifestations locales, dont celle de la route des huîtres, les voiles de la citadelle, la drigaille de bord…. Et propose en saison estivale de nombreuses animations telles du théâtre pour enfant ou encore du tannage de voile traditionnelle.
Le mercredi 1er avril a vu la remise à l’eau de La Sociale , bateau centenaire, après dix ans de travail acharné d’un commando du chantier qui sans connaissance particulière en charpente mais avec le goût d’apprendre et avec persévérance a mené cette entreprise. Pour un tel évènement, Marie, bretonne du chantier, nous a concocté le film de cette résurrection.
si vous souhaitez une vidéo plus complète avec drone, un lien https://we.tl/t-fOzyti9agPX9fbwC
De même FR3 était sur place : https://www.ici.fr/nouvelle-aquitai...
LA SOCIALE Note historique sur un bateau centenaire par Jean Claude Pelletier :
Ce voilier motorisé dès son lancement en 1925, a bénéficié d’une maitrise affinée en très peu de temps car la majorité de la flottille construite pour la pêche et l’ostréiculture a commencé à être motorisée en 1920.
Pour les voiliers pures cette motorisation n’a pas toujours été simple, car les étambots n’étaient pas prévus pour le percement et pour placer un tube et son arbre d’hélice. Les moteurs embarqués étaient à essence de marque Couach, Castelneau, Laster…etc des motoristes d’Arcachon.
Le chantier naval Bernard de La Tremblade qui a construit La Sociale était très prolifique et jouissait d’une très bonne réputation. Par contre si un marin voulait faire construire un bateau du même type que son collègue mais avec telles modifications…il avait de fortes chances de se faire envoyer sur les roses par le maitre des lieux et s’entendre dire : si tu veux un 12 mètres il sera comme ça, un 9mètres comme ceci, un 7 mètres comme cela ! si ça ne te va pas ce n’est pas un problème… tu peux aller voir un autre chantier.
Il est fort regrettable que ce chantier a été victime d’un incendie et toutes ces archives détruites. Mais tous les bateaux construits du temps de la voile étaient de bons marcheurs dans toutes tailles. Quatre générations de Bernard se sont sucpédées au chantier. Construisant des voiliers purs, puis motorisés , les moteurs étant de plus en plus fiables , les ailes des voiliers ont été rognées, puis dans les années soixante la voile n’était plus qu’un souvenir.
Les bois employés pour les structures longitudinales, étrave, quille, étambot l’ormeau et le chêne ainsi que pour les membrures, jambettes. préceinte, plat-bord en chêne le bordé des œuvres vives aussi. Le bordé des œuvres mortes (au-dessus de la flottaison) en sapin rouge ou en pin de même pour les bordages de pont. Les espars en sapin rouge. Les mâts en pitchpin .
Le plan de pont de La Sociale est disposé de la façon suivante : un panneau de pont à l’avant donnant accès à la soute à voiles. Une cale centrale fermée par un panneau en trois ou quatre éléments. Puis à deux pieds en arrière un rouf avec panneau coulissant pour abriter le moteur.
Nous remarquerons que La Sociale, comme tous les bateaux de sa génération ont un tirant d’eau limité, 1,10 m ou 1,20 m pour faciliter l’échouage dans les parcs à huîtres appelés chez nous ‘’les viviers’’ gagner du temps sur la durée des marées en fonction de la hauteur d’eau et de la situation des concessions.
Le dessin de la carène offre une stabilité de forme très avantageuse, mais afin d’être stable et performant sous voiles, ce sloop, comme tous ceux de sa génération est pourvu d’une quille longue en fonte. Les charpentiers construisaient un gabarit en bois qui était donné à la fonderie pour le coulage de cette pièce. A Saintes une fonderie réalisait les quilles en fonte commandées.
Le chantier Robert Léglise PMO conserve un tel gabarit dans ses collections.
Afin de faciliter le chargement et l’arrimage d’huîtres en cale, en vrac ou en paniers le fond de cale était cimenté ( ciment, sable, gravier, sciure de bois, pour faciliter son éventuel enlèvement.)
Le gréement de La Sociale est celui de sloop aurique avec un mât, bout-dehors, gui, pic, flèche à balestron, trinquette, et jeu de focs.
Les voiles étaient réalisées en coton par la voilerie Roumégous du Chapus. Et tannées suivant la méthode traditionnelle.
Quand Léopold GABORIAUD, dit Boutett’, ostréiculteur, a fait construire La Sociale, la culture de l’huître sur le sol et le captage du naissain était depuis le second empire maitrisé grâce aux travaux scientifiques de Victor Coste , reconnu comme le père de l’ostréiculture moderne.
Les ostréiculteurs Oléronais de l’époque vendaient ‘’au mille’’ des huîtres de leurs viviers à des Eleveurs-Expéditeurs des rives de La Seudre.
L’ostréiculteur échouait son bateau sur son vivier, et coulait son annexe (un couralin) pour servir de bassin de lavage. Toute une escouade de femmes en rang d’oignon (ayant rejoint le site à pied depuis la côte) avec gratte et panier de grillage pêchaient les huîtres en les comptant. Les hommes assurant le transfert des paniers pleins, le lavage et le chargement en cale et en pontée, en vrac ou en paniers.ces derniers étaient en grillage métallique galvanisé sur ossature en châtaignier ( et faisait l’objet d’un brevet d’invention déposé par un habitant du Château d’Oléron)
Dès que le bateau était à flot, il appareillait vers sa destination de livraison.
Certains patrons armaient leur bateau au bornage pendant cette activité saisonnière, c’est ce que les ostréiculteurs appelaient : faire les voyages.
La Sociale a été l’outil de trois générations de GABORIAUD , dans les derniers temps de son activité à l’ostréiculture il était le plus souvent utilisé pour remorquer les lasses qui étaient d’un usage plus facile et adapté à l’exploitation des parcs ‘’ hors-sol’’, huîtres en poches sur tables.
Il est très intéressant de constater que c’est sur son rôle d’équipage qu’a été inscrite une des deux seules femmes marin du quartier d’Oleron
Après plus de trente ans de bons et loyaux services à l’ostréiculture, La Sociale a été vendue et armée à la navigation de plaisance. Son dernier propriétaire en a fait don à l’association Chantier Naval Robert Léglise PMO .
Après plusieurs années de restauration elle a été remise à l’eau le premier avril 2026 soit 100 ans et neuf mois après son lancement.
La Sociale est classée monument historique.
Texte de Jean Claude Pelletier, maître-es-arts du chantier Léglise, lui-même propriétaire d’ ARGO, sloop lancé en 1910, et classé MH en 1993, voir notice par lien suivant :https://pop.culture.gouv.fr/notice/...
Type de bateau : VOILIER à MOTEUR AUXILIAIRE
Année de construction : 1925
Propriétaire : GABORIAUD Léonard (dit Boutett’ )
Profession : Ostréiculteur
Domicile : La Bordelinière , Le Château d’Oléron
Chantier Naval : BERNARD , La Tremblade
Numéro d’Immatriculation : IO 1827
Acte de Francisation : 56 277 , Daté du 10 juillet 1925
Longueur : 8,15 m (de l’étrave à l’arrière de l’étambot)
Largeur : 2,92 m
Creux sur quille : 1,12 m
Jauge brute : 13,094 m3
Jauge nette : 8,902 m3
Port d’Attache : Chenal d’Ors.
Océanide
Patrimoine maritime du pays de Tréguier
