Station T.S.F. Saint Gonnéry à Plougrescant Station radiogoniométrique de la Marine Nationale

Dès mai 1917, l’Amiral Lacaze, ministre de la Marine décide d’installer sur nos rivages des postes de T.S.F. (Téléphonie sans fil) à grande portée.
Nous n’en sommes pas encore à l’écoute des sous-marins comme actuellement, mais l’activité croissante des U-Boot allemands, qui contrarient le trafic de nos navires en Manche a déclenché ce projet. L’ouverture en août 1917 d’un Centre Aviation Maritime d’hydravions à la Roche Noire en Plouguiel sur la rivière de Tréguier pour dissuader les attaques des sous-marins allemands, corrobore cette volonté.

A Plougrescant est donc installé sur la butte (actuel château d’eau) en descendant vers Laouénan, un centre radiogoniométrique de la Marine Nationale : Saint Gonnéry T.S.F. (indicatif : F.E.T. en morse : point-point-tiret , point , tiret ).

1931-1932 ascension du grand mât

La radiogoniométrie est une technique de radionavigation fondée sur la détermination de la direction d’arrivée d’ondes radioélectriques émises par des émetteurs fixes. En repérant avec un goniomètre la direction des stations émettrices, les navires connaissent par triangulation leur position. Parfait pour les navires mais les hydravions du C.A.M. de Plouguiel n’ont pas cet équipement.

A Plougrescant est positionné un mât avec double étage de 4 haubans pour recevoir l’antenne et est construit à proximité un bâtiment à étage pour recevoir les appareils d’émission et réception et un groupe électrogène prenant toute la hauteur. Un bâtiment tout en longueur à l’Est est prévu pour l’hébergement des opérateurs et du chef de station.

1932 Pierre Jamet , matelot de quart

Un appentis en prolongement garde le stock de charbon.

Poste d’équipage et cuisine vu du grand mât

Il s’agit de construction en béton cellulaire des plus solides : les percements ultérieurs par les nouveaux propriétaires qui souhaitaient aménager de nouvelles ouvertures a relevé de l’exploit.

Nous n’avons pas grand élément sur les débuts de cette station. Cependant les propriétaires actuels ont reçu en 1997 la visite d’un ancien matelot-breveté qui y a fait son service militaire en 1931-32.

Pierre Jamet [1], ce matelot leur a envoyé une série de photos qui illustre la vie dans cette station.
L’effectif est de 6 matelots encadrés par un second-maitre, chef de station.

1932 effectif de la station, Pierre Jamet à gauche
1932 poste d’équipage
1932 le "caisson" d’un matelot

Le site a été fermé avant la deuxième Guerre Mondiale et les bâtiments abandonnés. Vandalisés, squattés, avec des arbres qui poussent à l’intérieur des bâtiments, l’ensemble a été acheté en 1954 à la Marine Nationale pour y faire des logements. Il est toujours visible au pied du château d’eau mais sans l’antenne, seuls les massifs de béton qui ancraient les haubans sont toujours en place.

Batiment groupe électrogène et opérateur, état actuel

Nous aurions souhaité en connaitre un peu plus sur l’histoire et le fonctionnement de cette station. Nous sommes donc à la recherche de témoignages.

Michel Le Hénaff 20 avril 2025

Notes

[1Pierre Jamet, né en 1910. Bien des métiers dans sa vie : radio dans la marine marchande, employé de restaurant, modèle, dactylo, danseur, figurant, animateur de colonie de vacances, etc. avant que la photo et la chanson, ses deux amours ne prennent le dessus. L’été 1939 il rencontre dans un camp de vacances des Pyrénées trois autres étudiants des Beaux-Arts. Pour leur plaisir et celui de leurs camarades ils chantent autour d’un feu de camp. A leur retour à Paris, on les demande dans de nombreuses fêtes puis au cabaret sous le nom de « Compagnons de route ». Dispersés pendant la guerre ils prennent le nom « les Quatre Barbus » et se produisent à la radio, au cabaret et au music-hall. Au long de 27 ans de carrière, ils ont enregistré chez Phillips puis chez Barclay plus d’une centaine de chansons populaires françaises, des chansons de marins, paillardes, à boire, d’étudiants, de prisonniers etc.
La photo ne quitte pas Pierre Jamet, en 1991 il fait une exposition photo au Fonds National de la Photographie à Lyon en compagnie de Paul Tourenne des Frères Jacques et Fred Mella des Compagnons de la Chanson sous le parrainage de Robert Doisneau.