Défenses côtières de la rivière de Tréguier Interprétation des ouvrages encore perceptibles (Michel Le Hénaff)

Introduction :
Les abords rocheux, à l’embouchure de la rivière de Tréguier, ont de tout temps rendu son accès des plus compliqué. Mais passé le banc sableux du Taureau, la rivière s’annonce propice aux mouillages et au repos des navires jusqu’au « beau havre de Tréguier » comme l’écrit en 1582 le marquis Bertrand d’Argentré dans son « Histoire de Bretaigne ».
Mouillages pour les Trégorrois mais aussi lieu de pénétration pour les invasions des indésirables : vikings, anglais, espagnols…selon les époques. Pour veiller à ces belligérants, de nombreux corps de garde ont été établis.

Historique :

Au 17è siècle, un certain nombre de travaux sont entrepris sur les côtes bretonnes à l’initiative d’Henri IV et de Louis XIII pour assurer l’intégrité des conquêtes royales. Louis XIV, confronté aux nouvelles méthodes de combat et aux guerres de son règne, poursuit les améliorations des ouvrages fortifiés sous la houlette de Louvois puis de Vauban. Ce dernier, maréchal de camp, commissaire général des fortifications vient en 1683 inspecter les côtes de Bretagne. Il adopte l’idée simple de faire retrancher tous les atterrages où l’ennemi peut débarquer.
En parallèle, depuis 1681, une ordonnance royale met en place les milices garde-côte dans chaque évêché de Bretagne. Les hommes de seize à soixante ans sont embrigadés dans des compagnies d’une centaine de miliciens encadrées par un capitaine de paroisse. Elles sont en charge de la surveillance des mouvements de navires, de l’entretien des corps de garde et des batteries de leur paroisses.
Ces forces supplétives sont mal armées, trop nombreuses, sans entrainements tout juste bonnes à la surveillance des côtes !
Au 18è siècle, la protection du littorale évolue peu : les conflits se déroulent en pleine mer ou à terre. Il faudra attendre le début du 19è siècle, puis Napoléon III, et la première et la seconde guerre mondiale, pour retrouver un regain des fortifications côtières. Retrouvez alors Alain Bohée dans son livre : La défense des ports de Lézardrieux-Paimpol-Tréguier et la fortification de ce front de mer. Alain Bohée, 2018, La défense des ports de Lézardrieux - Paimpol - Tréguier et la fortification de ce front de mer du 17e au 20e siècle
Pour notre part, intéressons-nous à la rivière de Tréguier et aux ouvrages encore perceptibles.

En 1699 sur la carte de l’Amiral Laisné, expliquant comment aborder la rivière de Tréguier, nous apercevons le corps de garde de Roch Saint Helen, sous la chapelle de Saint Votrom. Puis vers 1800 une autre carte « Entrée de la Rivière de Tréguier », identifie le corps de garde de Pen Palud et celui de Port Béni ( Saint Laurent) qui date de 1744, date portée sur les plans d’origine.

Ce dernier sera déclassé dans la deuxième partie du 19è siècle puis vendu aux enchères publiques en mairie de Lézardrieux le 12 septembre 1891.

Quant à Pen Palud, il sera incorporé dans une habitation qui deviendra en 1957, propriété et lieu de villégiature, jusqu’à sa mort en 1976 à New York d’Alexander Calder, créateur de mobiles.

Descriptions :

Saint Laurent : bâtiment en pierre couvert d’ardoises aux murs épais, de 7.50 par 5.40 mètres. A son pignon est accolée une tourelle à la couverture de ciment, dépassant le faitage, accessible par un escalier extérieur tournant en pierre. Actuellement maison d’habitation avec adjonction d’une aile à l’ouest.

Pen Palud  : à 3.300 kilomètres du précèdent, le corps de garde en pierre est incorporé comme un penty dans l’habitation actuelle.

Roch Saint Helen  : à 2.300 kilomètres de Pen palud, vestiges d’un soubassement en pierre sur une pointe rocheuse, 5 par 5 mètres, hauteur 2 mètres.

En amont de saint Votrom, nous sommes en visuel à 2.700 kilomètres d’un reste de construction à la pointe du Barzic. Ce soubassement en pierre de 9 par 6 mètres accessible par un escalier de pierre, supportait autrefois un corps de garde, avant de recevoir fin 19è siècle une substructure en pierre avec balcon de style balnéaire, abritant le surveillant des parcs à huitres.

Le dernier ouvrage se trouve en amont du pont Canada, sous Crec’h Yann, à 2 kilomètres du Barzic. Le soubassement de pierre complètement ruiné, laisse juste voir quelques pans de murs.

Cet 5 édifices sont tous en visuel les uns des autres, situés en quinconce d’une rive à l’autre, échappant ainsi aux méandres de la rivière. Les occupants pouvaient se signaler aux corps de garde voisins et ainsi donner l’alerte.

Nous pouvons y rattacher à Plougrescant, le corps de garde de Crec’h Bleïz, à la cote 31, qui était surmonté d’une guérite d’observation. C’était aussi un poste de signalisation optique au moyen de pavillons visible de Saint Laurent et Pen Palud. Une bouche à feu de 18 en constituait l’armement. Aujourd’hui le corps de garde est imbriqué dans l’enceinte d’un établissement balnéaire.

Plus tardivement se sont implantés 2 postes d’observation sur les hauteurs de la Roche Jaune en Plouguiel et à la cote 50 à Crec’h Guegan en Trédarzec.

Pour la défense côtière en elle-même, était positionnée à Crec’h ar Brun, en bordure de l’estran, à 100 mètres sous le corps de garde de Saint Laurent, une batterie de 5 canons abritée derrière un merlon de terre. Ces canons gardaient le passage le plus étroit du chenal, là où les bateaux évitent à angle droit le banc de sable face au rocher du Taureau.